Biologiste et immunologiste, professeur au Collège de France, Philippe Kourilsky veut réhabiliter l'altruisme dans son dernier essai intitulé "Le Temps de l'altruisme"
Le Monde : Donner à un livre le titre "Le Temps de l'altruisme" apparaît dans la société actuelle comme un paradoxe, ou un voeu pieux, voire une utopie. Or vous récusez ces termes et affirmez que c'est "un attribut logique de notre être, une nécessité imposée par la raison".
Philippe Kourilsky : Je postule en effet que, face à tout droit, il existe des devoirs, ce que l'on oublie trop souvent. Je cherche à montrer que l'altruisme est une conséquence logique de nos droits. L'altruisme, curieusement, est une notion aujourd'hui négligée. Si on cherche des noms de penseurs et de philosophes qui y travaillent, on en trouve assez peu.
Le Monde : Pourquoi avoir choisi ce mot ambigu et quelle est précisément votre définition de l'altruisme ?
Philippe Kourilsky : Je reconnais que le terme d'altruisme peut être source de confusion. Il y a une douzaine de définitions. J'en donne une et je m'y tiens, mais parfois d'autres entendent autre chose, comme les biologistes qui cherchent à comprendre comment les comportements altruistes se sont développés dans l'évolution. J'ai hésité à inventer un mot. Je m'y résoudrai peut-être un jour, mais j'ai pensé que cela passerait pour cuistre. Ma définition est fondée sur la définition des libertés selon le Prix Nobel d'économie, Amartya Sen. Les libertés ne sont pas la liberté, qui est le grand principe. Les libertés individuelles sont les choix dont l'individu dispose dans la réalité. L'exemple que je prends dans le livre est le suivant : on est libre d'acheter du pain, mais, si l'on n'a pas l'argent, on n'est pas libre. Quand on a 10 % de chômeurs, on a 10 % de la population qui, d'une certaine manière, est privée de libertés. Maximiser nos libertés individuelles est l'un de nos droits fondamentaux, mais il y a un devoir en face, et ce devoir est le devoir d'altruisme.
